Michel Larrory

Des infos sur Loread

LOREAD est un dispositif initié en Lorraine au cours de l’année scolaire 2000-2001 par quelques chefs d’établissement. Ne pouvant offrir une variété d’options suffisantes en lycée, ils ont imaginé et mis en œuvre avec succès un dispositif d’enseignement à distance intégré à chacun des établissements.


Un petit lycée qui ne peut pas proposer une variété suffisante d’options est condamné à court terme à voir ses effectifs se raréfier au fur et à mesure des années et finalement à fermer. Moins il y a d’options, moins il y a d’élèves et moins il y a d’élèves moins il y a d’options. C’est une spirale fatale.Dans un premier temps, les chefs d’établissement qui se sentaient concernés et volontaires pour tenter l’aventure ont organisé un travail de mutualisation entre leurs établissements.Comment faire bénéficier à distance de l’enseignement dispensé de façon traditionnelle dans un des établissements ? Ne peut-on pas demander à des enseignants volontaires de dispenser leur enseignement traditionnel en utilisant internet ?Les chefs d’établissement se sont réunis avec des enseignants volontaires de différentes matières (Latin, Italien, Anglais) pour jeter les bases d’un dispositif expérimental d’enseignement à distance basé sur la mise en relation d’enseignants et d’élèves via le système de courrier électronique.Dispositif initial

  • Chaque enseignant conçoit la progression de l’élève et envoie les consignes de travail via le courrier électronique.
  • L’élève travaille sur temps scolaire au sein de l’établissement qui met un poste informatique relié à internet à sa disposition sur plusieurs créneaux horaires. Il consulte sa messagerie et effectue le travail demandé. Il rend son travail et communique librement avec son enseignant à partir de son courriel.
  • L’établissement nomme en son sein un référent qui accompagne l’élève dans sa démarche d’apprentissage. Ce peut être un enseignant, un documentaliste, un cadre éducatif …

Cette première étape expérimentale a été très importante dans la mise en œuvre du dispositif. A l’époque, seuls 5 établissements étaient concernés pour environ une trentaine d’élèves. Chaque établissement mutualisait une partie de sa dotation horaire pour financer le travail supplémentaire des enseignants responsables de cours. Des VS étaient établis pour chacun des enseignants.

Très vite il est apparu nécessaire d’accompagner le projet par une démarche de formation adaptée. C’est Bruno Devauchelle du CEPEC qui a été chargé d’accompagner les chefs d’établissement et les enseignants dans sa mise en œuvre.

Après un an et demi d’expérimentation, le responsable du projet a demandé à rencontrer le responsable des moyens du Rectorat ainsi que l’IPR chargé des TICE pour faire évoluer le dispositif. Il s’agissait alors d’informer le Rectorat de l’expérimentation, d’en expliquer le fonctionnement mais aussi d’obtenir des moyens globaux académiques pour pouvoir répondre aux besoins de l’ensemble des établissements sans grever la DHG des lycées à l’origine du projet.

Suite à cette rencontre le Rectorat a attribué 20 heures pour financer les heures dispensées par les enseignants. Cela a effectivement permis de proposer des enseignements complémentaires aux lycées catholiques de Lorraine.

Ce passage a une plus grande échelle a entraîné une augmentation du nombre d’élèves concernés. Dès lors la mise à disposition d’une plate-forme d’enseignement à distance s’est avérée indispensable. La communication par courriel impliquait une dimension interpersonnelle difficilement compatible avec le nombre croissant d’élèves à gérer.

Dispositif actuel

  • Le dispositif est asynchrone. Cela signifie que les élèves travaillent à leur propre rythme au moment qui leur convient. Ils ont leur travail à réaliser au cours de la semaine.
  • Les enseignants déposent leurs consignes, documents et progression sur un espace de cours qu’ils gèrent en totale autonomie.
  • Les élèves déterminent avec leur établissement les 2 ou 3 créneaux horaires pendant lesquels ils iront travailler. Ils se connectent sur la plate-forme au cours où ils sont inscrits, prennent connaissance des consignes et travaillent en autonomie. À la fin de la séance, ils envoient un courriel à leur enseignant dans lequel ils peuvent poser des questions, faire part de leurs difficultés et dire où ils en sont dans la progression.
  • Le référent contrôle l’assiduité de chaque élève. Il fait le lien avec l’enseignant, organise les évaluations demandées par le professeur, et reporte les notes et appréciations dans les bulletins.
  • La plate-forme utilisée est Claroline, développée par l’Université Catholique de Louvain.

Désormais il y a environ 20 établissements qui utilisent le service, quelquefois seulement pour un ou deux élèves. Ce ne sont plus seulement les petits établissements qui participent au projet. Quelques gros lycées ont également recours aux services de LOREAD pour répondre à un besoin ponctuel ou récurrent.

Onze enseignants se répartissent les quelques 200 élèves inscrits aux cours de LOREAD. Le Rectorat attribue maintenant 39 heures pour financer le dispositif. Non seulement le dispositif est reconnu et validé par le Rectorat de Nancy-Metz mais il est encouragé par lui.

Cela permet aux établissements de ne pas gâcher des heures devant des petits groupes et de gérer au mieux leurs moyens horaires. Le H/E de l’établissement est amélioré. Les petites structures peuvent continuer à fonctionner en conservant des élèves et en offrant des enseignements qu’elles ne proposaient pas jusque-là.

D’une façon générale, les élèves apprécient cette nouvelle façon d’apprendre. Le travail en autonomie sur poste informatique les motive davantage que le cours traditionnel (tant que cela reste marginal dans leur emploi du temps). Les résultats obtenus au baccalauréat dans les matières suivies sur LOREAD s’avèrent étonnamment bons par rapport aux élèves qui ont suivi les cours en présentiel. Cela s’explique par l’analogie qui existe entre le travail en autonomie et la situation d’examen. Seul sans le professeur, l’élève est obligé de mobiliser ses ressources personnelles, ses intuitions et ses compétences pour réussir le travail demandé.

Ce projet illustre bien ce qu’il est possible de réaliser ensemble en région pour répondre à des besoins partagés. Les chefs d’établissement à l’origine du projet n’avaient pas imaginé à quel point un dispositif comme LOREAD pouvait être pertinent dans le contexte actuel de restrictions des moyens. LOREAD répond parfaitement à deux ré olutions des Assises de l’Enseignement Catholique de 2001 : une école sans classe et une école sans murs.

Accéder à la plate-forme Loread


Quelles sont les matières enseignées sur Loread ?
Le Latin, l’Italien, Les Mathématiques (Spécialité en L et ES), l’Anglais et l’Allemand de Complément, la spécialité Economie en ES et depuis cette année le Grec en 2nde et Langue et Culture Régionale Mosellane.

Les enseignants rencontrent-ils leurs élèves ?

Oui. Nous organisons 3 rencontres dans l’année. La première a lieu la 3ème semaine après la rentrée. L’objectif est de présenter les élèves aux enseignants et réciproquement et de permettre aux élèves de prendre conscience du groupe auquel ils appartiennent. La relation prof-élèves commence là. Une deuxième rencontre est prévu courant janvier pour réguler le travail. Courant mai nous rassemblons de nouveau les élèves et les enseignants notamment pour la préparation des épreuves orales en langues.

Quelle est la place de l’oral dans l’apprentissage d’une langue avec un tel dispositif ?
Désormais les technologies informatiques mettent à disposition des enseignants et des élèves des outils qui répondent parfaitement aux besoins. Yackpack, par exemple, est un système gratuit de boites vocales en ligne pour un groupe qui répond tout à fait à l’exigence du travail asynchrone. (www.yackpack.net)
Un logiciel gratuit comme Audacity permet à un enseignant d’enregistrer sa voix directement sur un poste informatique. L’élève en retour peut faire de même. Le professeur et l’élève peuvent donc s’envoyer mutuellement des enregistrements sonores.
Des outils comme Skype, de type synchrone, peuvent aussi être utilisés. Une enseignante fixe des heures de rassemblement sur Skype à ses élèves mais en dehors du temps scolaire. Elle peut ainsi converser oralement avec ses élèves.

Et le Rectorat accepte ?
Oui à mon grand étonnement le Rectorat nous soutient activement dans notre démarche. Il partage avec nous le souci de la bonne gestion des moyens. C’est du gagnant-gagnant !

Et les IPR ?
L’agenda rempli par l’enseignant est plus complet qu’un cahier de textes puisqu’il détaille tout le travail et la progression donnés à l’élève depuis le début de l’année. Les enseignants sont donc vigilants à le remplir correctement. Pour l’instant aucun enseignant n’a été inspecté par rapport à ses cours sur LOREAD. Ce serait intéressant. Nous avons demandé aux enseignants de LOREAD de présenter ce qu’ils font sur la plate-forme à l’occasion d’une inspection. Les IPR sont assez étonnés voire déroutés par cette démarche. Je dois rencontrer le doyen des IPR et le Responsable TICE de l’Académie prochainement à ce sujet.

On peut inscrire des élèves à LOREAD ?
Nous avons quelques passagers clandestins (non lorrains) dans LOREAD) mais c’est marginal. Nous encourageons les régions à s’organiser pour offrir ce type de dispositif. Nous accompagnons actuellement plusieurs régions. La Haute-Normandie a déjà bien avancé. Je crois qu’ils seront en mesure de proposer des enseignements à distance dès la prochaine rentrée.

Quel est l’avenir d’un tel dispositif ?
Je crois que chacun commence à comprendre l’intérêt d’un tel dispositif. L’Enseignement Catholique national s’y intéresse de très près. Au Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique c’est Gérard Tonneau qui suit l’affaire. Ce devrait devenir une priorité nationale dans les années à venir. D’autant plus dans le contexte actuel de la baisse des moyens. Je rêve d’un réseau inter-régional qui pourrait favoriser les échanges de pratiques et les mutualisations dans ce domaine.

Ne pourrait-on pas trouver d’autres utilisations à un dispositif comme LOREAD ?
Si bien-sûr ! On peut utiliser une plate-forme d’enseignement à distance à chaque fois qu’un élève est éloigné de l’établissement. C’est le cas des enfants hospitalisés, des sportifs de haut-niveau, des classes transplantées… Ce peut être utilisé également dans le cadre de l’accueil d’enfants précoces pour différencier le travail. Nous envisageons d’assurer du soutien de cette façon.


Article paru dans Enseignement Catholique Actualités de novembre 2005

Have something to add? Share it in the comments

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *